COMMENT CHOISIR ?

Porsche 911 Carrera 3.2: Boîte 915 ou G50 ?

Par Pascal Dro | Photos Philippe Boutié

Une porsche 911 Carrera 3,2 boîte G50 et une Carrera 3,2 à boîte 915 côte à côte
Entre les propriétaires de Porsche Carrera 3.2, pourtant extraordinaires dans toutes leurs configurations, la lutte fait rage. Fallait-il choisir une version 915 ou une G50 ? La G50 est-elle véritablement meilleure, au point de justifier le
« buzz » déraisonnable qui la précède aujourd’hui ?

Vous l’avez remarqué : depuis une dizaine d’années, et pour la première fois dans l’histoire de l’automobile, la nomenclature d’un modèle a adopté, en supplément, la référence de sa boîte de vitesses. Si bien que, près de vingt ans après que la toute dernière soit sortie des chaînes de Zuffenhausen, en 1989, les Porsche Carrera 3.2 s’appellent désormais « 3.2 915 » ou « 3.2 G50 » dans les conversations des porschistes comme dans les petites annonces.

Si bien qu’entre les fanatiques des G50 – qui, souvent, ne connaissent pas exactement la différence avec l’autre modèle -, et les propriétaires rejetés de 3.2 « 915 », qui ont un peu honte de devoir se contenter du modèle produit de 1984 à 1986, les choses ne sont pas claires.

A lire aussi en suivant le lien, notre article sur l’histoire et les caractéristiques de la 911 3.2

La raison de ce diktat de la boîte G50 ?

Très simple : durant des années, les magazines de Porsche du passé ont bêtement infusé aux fans leur point de vue, basé sur la fiabilité, la qualité de guidage et l’agrément de sélection. Mais est-il justifié ?

Là, en revanche, les questions sont nombreuses.
Conçue plus tard que la 915 qu’elle remplace pour le millésime 1987, la boîte de vitesses G50 s’avère logiquement plus moderne et plus fiable. Ce sont là des certitudes. Chez Porsche, on ne remplace que rarement un organe par un autre moins performant. Pourtant, si vous reprenez en main la « littérature » d’époque consacrée à l’apparition de cette nouvelle boîte, vous constatez que les essayeurs et les journalistes étaient presque unanimes à affirmer qu’elle était « lourde », lente de maniement et qu’elle anesthésiait le caractère « joueur » qui avait fait la gloire et le succès historique des Porsche 911. Cela, personne ne le conteste. La boîte 915 avait été conçue dans cet esprit. Elle était apparue en 1972 sur les 2.4, elles aussi très prisées, et dérivait alors des boîtes 916 des Porsche 908 de course. Son cahier des charges précisait qu’elle devait être « légère, rapide et accessible ». Un objectif atteint puisque toutes les Porsche 911 de course qui ont brillé en piste au cours des dix-huit années suivantes en étaient équipées. Alors, la G50 constituait-elle, malgré tout, un progrès ? Réponse dans cet article de votre magazine Porsche préféré :

«Oui, indéniablement, dans le guidage de la sélection des rapports, sur la 915, le levier n’est pas verrouillé et flotte un peu. Quand vous retirez un rapport, vous ne savez pas exactement où ressort le levier et face à quel rapport il se trouve. Est-ce un handicap ? Non. Je trouve que cela fait partie du charme des Porsche plus anciennes, qui s’est perdu par la suite » Comme le confirme Éric Séchaud.

911 3,2 boîte 915 plus vive, plus légère, plus joueuse

Plus vive, avec sa boîte de vitesses 915 juste restaurée et quelques kilos en moins, la version 1985 est joueuse et l’on a l’impression que son moteur prend ses tours plus facilement. Une impression bien agréable.

Plus de plaisir avec une Porsche 911 3.2 boîte 915 !

12 kg d’écart entre une Porsche 911 3,2 à boîte G50 et une à boîte 915 !
Philippe Cabaille, le spécialiste parisien très côté, confirme ce dernier point :

« Elle perd en rapidité de passage des rapports, elle embourgeoise l’ensemble et, logiquement, consomme plus de puissance qu’une 915. Plus lourde (environ 12 kg, ndlr), dotée de pignons plus gros, elle est conçue pour passer plus de puissance à la route et en consomme donc aussi davantage. Il faut le savoir ».

Ainsi, la vive rebelle, descendante des fantasques et attachantes 2.4/2.7, deviendrait une plus paisible bourgeoise ?

Un peu à la manière d’une Mercedes, où tous les organes sont surdimensionnés, ceux de la G50, pignons et arbres, sont plus gros et plus lourds. Ils sont donc dotés d’une plus grande inertie. Moins agile, la G50 est destinée à des « pilotes » moins compétents que ce que l’on exigeait d’un porschiste des années 60 et 70 qui achetait une auto étroitement dérivée de la compétition.

 

Plus de fiabilité moins d’entretien avec une Porsche 911 3.2 boîte G50

Pour Philippe Cabaille comme pour Éric Séchaud, le choix du plaisir se trouve indiscutablement du côté de la Porsche 911 dotée de la boîte 915, plus respectueuse de l’esprit historique et sportif de la 911, de l’époque où elle était légère et vive, exigeant une attitude plus sportive de son pilote.

David et Maxime, les deux jeunes spécialistes qui restaurent et entretiennent les Porsche anciennes chez Miramond Dan Auto, à Paris 14e, vont plus loin encore. Certes, si Maxime préfère la 915, David avoue un penchant pour la G50, « pour sa rigueur et son caractère incassable ». Pourtant, c’est bien David qui, en révisant une commande complète, croisillon compris, parvient à restaurer la précision de commande des 915 qui vieillissent. Maxime l’assure :

« J’ai fait l’essai avant livraison d’une 3.2 915 sur laquelle David a refait la commande, du levier jusqu’à la boîte. Je peux te dire que le contact avec la voiture toute entière était transformé ! Plus de rapport raté, plus de grincement ni d’hésitation. Même au ralenti, le maniement était parfait. Comme quoi une Porsche 911 à boîte 915 en bon état peut être un truc merveilleux. Elle est trop décriée, et trop injustement. Tant mieux pour ceux qui savent à quel point elle est chouette ».

 

PHILIPPE CABAILLE

« La version G50 est indiscutablement plus fiable plus longtemps. Tout y est plus gros, plus dimensionné mais c’est une autre 911, plus lourde dans tous les sens du terme et plus embourgeoisée, également. »

PHILIPPE CABAILLE (ATELIER PHILIPPE CABAILLE, WWW.APC94.FR,
TÉL. : 01 43 75 97 97 )

Sur le levier de vitesses de la G50, la marche arrière est située devant à gauche. Sur la 915, c’est derrière à droite.

levier de vitesse de porsche 911 3.2 Carrera G50

La maintenance des boîtes 915 primordiale !

Là, nos deux compères mettent le doigt sur un point essentiel. Si les boîtes 915 sont souvent moins précises et plus usées, c’est aussi parce qu’elles sont plus anciennes et que leur guidage aléatoire a induit quelques mauvaises expériences, moins fréquentes avec la G50. Cependant, ces quatre spécialistes sont unanimes sur l’importance de la maintenance. En l’espèce, leur témoignage est le suivant :

« Une G50 et ses deux parties hydrauliques exige plus de maintenance qu’une 915 mécanique. Mais la G50, plus grosse et aux organes plus largement dimensionnés, dure plus longtemps avant ouverture ».

N’oublions pas que nous parlons de Porsche 911 et que cette ouverture pour réfection a rarement lieu avant 250 000 km. Philippe Cabaille le confirme :

« Ma Porsche Carrera 3.2 personnelle a 330 000 km et sa boîte de vitesses n’a jamais été ouverte. Un entretien soigneux suffit ». Éric Séchaud en témoigne : « Sur la 911 Carrera 3.2 915 que vous avez photographiée dans mon atelier, j’ai changé les synchros de premier et de deuxième rapport. Elle a 245 000 km et tout le reste de la boîte est en excellent état ».

Pour autant, les boîtes G50 ne sont pas indestructibles. Ainsi, celle que vous voyez dans ces pages, pourtant soigneusement entretenue au cours des dix dernières années, a bénéficié d’une réfection de boîte avant même de parvenir à 200 000 km.

“Plus fragile, la 915 ? Bien sûr, puisque sa conception a vingt ans de plus que celle de la G50. Ceci dit, je viens de refaire celle de cette ‘‘Porsche 911 3.2’’ de 230 000 km pour un ou deux synchros cassés et l’ensemble est resté en très bel état.
Du vrai matériel Porsche.”

ÉRIC SÉCHAUD
(SÉCHAUD RACING, 4 RUE MONTAIGNE, 14400 SAINT-MARTIN-DES-ENTRÉES, TEL. : 02 31 21 04 18)

Étonnant ? Non. Là aussi, nos quatre spécialistes sont unanimes :

« Le remplacement du liquide de frein est recommandé tous les deux ans. Sur une G50, avec ses deux commandes hydrauliques, il faut également remplacer le liquide de boîte à la même fréquence. D’une part parce qu’il s’use ; d’autre part parce qu’il capte l’humidité, ce qui modifie le point d’ébullition et, par voie de conséquence, provoque l’apparition d’une pédale spongieuse. Moi, je le fais sur toutes les 911 ainsi équipées tous les deux ans, avec la purge du liquide de freins », dit Éric Séchaud.

Maxime précise : « C’est l’un des coûts induits qui rend cette boîte G50 éventuellement plus chère à l’usage et en maintenance. Le remplacement d’un récepteur devient inévitable quand la maintenance des fluides n’est pas faite dans les règles de l’art. C’est obligatoire, plus fréquemment que la vidange de boîte elle-même ».

Là aussi, en matière de comportement de boîte de vitesses, « il y a beaucoup à dire », comme le déclare David :

« On ignore trop souvent qu’une boîte n’est pas un système fermé. Il existe une mise à l’air pour éliminer l’humidité et les éventuels trop-pleins. Mais si l’humidité passe dans un sens, elle passe également dans l’autre. Alors, oui, on peut ne faire vidanger sa boîte de vitesses que tous les 30 000 ou 40 000 km mais il faut que ce soit fait avec soin, y compris dans le choix de l’huile, qui peut modifier de manière très importante la consistance de la boîte et le ressenti du conducteur lors des sélections de rapport. Avant de tout démonter et de tout refaire, c’est toujours une chose à tenter, en particulier sur la 915 ».

 

Plus rapide et dérivée plus directement de la course et des 911 joueuses des années 70, la boîte 915 est aussi moins chère en réfection.

Porsche 911 Carrera 3.2 à boîte 915 gris clair et boîte G50 gris foncé en bord de mer

La différence de poids entre les deux boîtes demeure en-deçà de 15 kg.
Bien moins que ce qu’affirme la légende
!
 

Porsche 911 Carrera 3.2 à boîte G50 gros foncé en accélération

“David préfère la G50 et moi, pour des raisons de coût de maintenance et d’hydraulique, je penche pour la 915. Mais c’est vrai qu’une 915 propre et bien guidée transforme le caractère d’une ‘911 Carrera 3.2’.”

MAXIME BEAUDET et DAVID GABETTY
(MIRAMON DAN AUTO, www.miramond-danauto.com, TEL. : 01 45 40 65 71)

MAXIME BEAUDET et DAVID GABETTY, MIRAMON DAN AUTO
une Porsche 911 3.2 gris clair et une gris foncé face à face

Les deux possèdent des qualités et des personnalités très différentes. Reste que les 7 ou 8 000 € d’écart, à état comparable, ne seront jamais justifiés. 

Un surcoût très exagéré pour la Porsche 911 3.2 G50

Reste l’avis de chacun sur cet emballement pour les modèles G50 qui frise le ridicule. En moyenne, à kilométrage et niveau de maintenance identiques, ils se négocient jusqu’à 12 000 € de plus que les 915, avec une moyenne à 7 000 €. Est-ce bien raisonnable ? Sur ce sujet, Philippe Cabaille est catégorique : « Dans la mesure où une Porsche 911 3.2 à boite 915 est plus plaisante, sportive et rapide quand elle est en bon état, je trouve cela très exagéré. Voire même, parfois, totalement injustifié ». Pourtant, si ces lignes ne vont changer ni la face du monde ni l’engouement pour cette boîte G50 de tous les fantasmes, il apparaissait comme normal que le très peu dogmatique Ferdinand Magazine enquête sur la question. Alors, boîte G50 ou boîte 915 ? Le dernier point à connaître, outre l’entretien, c’est qu’à réfection identique, celle d’une 911 3.2 à boîte G50 coûte entre 1 000 et 1 800 € de plus que celle d’une 911 3.2 à boîte 915 commandée mécaniquement et bien plus facile à gérer.

Donc, maintenant, « c’est vous qui voyez » ! 

Voir les autres articles sur la Porsche 911 Carrera 3.2

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